Ma Seinthèse

Ma Seinthèse

Acte 1, scène 2 : Félicitations ! C'est un cancer !

Depuis le 1er juin 2015 j'ai un cancer du sein. Fucking breast cancer. Il était déjà là avant mais le cancer c'est pas comme les bébés on peut pas savoir quand on l'a confectionné. Les cancers naissent le jour où on vous annonce que vous en avez un. Et à peine vous savez que vous en avez un que vous voulez déjà vous en débarrasser. Je veux pas le garder, enlevez-le moi, j'avorte avec plaisir de ce “batard”.

On m'a enlevé la tumeur le 30 juin. 29jours c'est une cohabitation interminable avec ce genre de colocataire. On l'entend pas... On le sent pas.... Mais qu'est-ce qu'il fait flipper. C'est comme si vous partagiez votre appartement avec Leatherface, Hannibal Lecter ou Ted Bundy... Comment fermer l'oeil quand on sait qu'on peut se faire tronçonner à tout moment ?

Le chirurgien : “Ne vous inquiétez pas, la tumeur ne va pas exploser d'ici là”.

Sourire poli de ma part. Zezette répond : “Ah bah cha va alors”

Mais pourquoi j'ai l'impression qu'on vient de me lancer une grenade dégoupillée dans les mains ? Je veux pas le garder ce machin !

29 jours à attendre... Et en plus, un cancer quand on est jeune et sans antécédent c'est Bingo ! Opération, sauvegarde d'ovocytes, chimio, radiothérapie, et hormonothérapie. Traitement si vous êtes consentante bien-sûr. Vous êtes en droit de refuser... Pour ou contre la chimio ?

Tu devrais manger que des graines au lieu d'aller te faire injecter du poison, la chimio c'est comme le karcher ça enlève la saleté mais ça peut emporter la belle peinture”...

Autant boire de la javel directement ?

J'ai déjà bu de la javel, je suis pas sûre... Si ça se trouve c'est même cette gorgée de javel, avalée malencontreusement par inadvertance sans faire exprès, qui m'a donné ce bordel.

Pour ou contre la chimio ? Ça c'est une grosse pièce du puzzle... C'est le ciel bleu qui est chiant à faire... ( la partie que je garde toujours pour la fin...) Pour ou contre la chimio ? J'en parlerai plus longuement plus tard.

Moi j'ai juste dit pour. Sans vraiment réfléchir. Par logique. Perdre mes poils (youpi !), mes cheveux, participer au festival de la gerboulade, j'ai dit oui. Car je me suis simplement dit “je vais guérir, le cancer va déguerpir et jamais revenir”.

 

On a tous perdu un proche du cancer.

Alors quand on vous annonce que vous en avez un ça parait irréel.

Je me suis dit des phrases que j'espère, pour certaines, ne jamais me redire.

Mais non mais moi je vais pas mourir”

Mais non mais moi je vais pas perdre mes cheveux”

Mais non mais moi je vais pas être clouée au lit”

Mais non mais moi je vais pas être en arrêt maladie”

Mais non mais moi je vais pas me plaindre”

Mais non mais moi je vais pas mourir”. Moi j'y pensais pas à la mort au début jusqu'à ce que quelqu'un me demande : “T'as pensé à la mort ?”

Non mais maintenant que t'en parles...” et hop ça reste collée à l'esprit comme un vieu sparadrap, merci du cadeau.

 

Bah oui au début je me suis crue plus forte que tout le monde. Six mois après c'est plus compliqué qu'au début. À la longue le corps se fatigue, se transforme, l'image qu'on a de nous-même change. La solitude aussi (un effet tertiaire dont je parlerai peut-être si ça me chante) fait son oeuvre et creuse dans votre cerveau des petits trous de doute, de manque de confiance. Quelques-unes des certitudes qu'on avait s'effritent. Les projets deviennent bringuebalants.

Le changement physique n'est pas radical, il se fait petit à petit, mais un matin vous vous regardez dans la glace et ça porte au coeur. C'est ça que vous voyez :

 

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Donc vengeance sur chocolat. Et le lendemain c'est ça :

 

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Alors vous vous autorisez une bière ou deux, vous vous maquillez plus que d'habitude et hop vous voyez ça :

 

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Là plus le choix il faut demander de l'aide à vos proches :

 

“Tu trouves pas que j'ai changé ?”

 

(avec toute l'hypocrisie bienveillante du monde) “Non pas du tout”

 

“Merci”

 

 

 

Hop vous voyez ça :

 

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Facile.

 

 

Le changement physique on s'en fout tant qu'on guéri.

 

Bah oui mais voilà, avant de commencer la chimio je me sentais pas malade. Je savais que j'avais un truc moisi en moi mais je ressentais rien. Et la chimio est venue mettre le souk dans mon corps. “Je t'avais dit de pas faire de chimio, ils vont te tuer avec la chimio”.

 

 

 

Vite vite relativisons pour pas finir cet article sur une phrase moche...

En plus je peux relativiser j'ai juste un cancer “pour quelques mois” certains ont un pet de travers constamment toute leur vie... Ouf.

 

 

 

 



15/01/2016
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